


Malgré son isolement et son aridité, le littoral mauritanien est depuis le Néolithique un espace hautement convoité. Terre de nomades, il a été le cadre de changements importants depuis un demi-siècle, le dernier en date étant la mise en service, en 2004, de la route goudronnée Nouakchott- Nouadhibou qui facilite désormais les liaisons terrestres entre l’Afrique de l’Ouest et l’Europe.
Espace en mutation rapide, le littoral mauritanien est aujourd’hui confronté à de difficiles et multiples défis : urbanisation galopante et fragilisation de groupes sociaux ; migrations et pression sur les ressources naturelles ; difficultés de positionnement entre les nécessités de la préservation environnementale et l’ancrage dans une modernité basée sur le développement économique. Les fondements identitaires de cette terre restent pourtant profondément inscrits dans les paysages et dans les mentalités : goût ancestral pour la mobilité, prééminence du système social maure, prestige durable du mode de vie nomade, persistance des activités économiques traditionnelles comme la pêche et le pastoralisme.
Cet ouvrage collectif, le premier du genre consacré spécifiquement au littoral de la Mauritanie, fait appel à vingt-six auteurs, mauritaniens et européens, représentant différentes disciplines des sciences humaines et sociales (anthropologie, archéologie, écologie, économie, histoire, géographie). Fruit de recherches majoritairement conduites dans le cadre du programme de coopération scientifique PACOBA (2007-2012), il a pour ambition de décrypter les principales dynamiques humaines à l’oeuvre, hier et aujourd’hui, le long des côtes mauritaniennes.
Sébastien Boulay est anthropologue, maître de conférences à l’Université Paris Descartes (Faculté des sciences sociales de la Sorbonne) et membre du Centre Population et Développement (CEPED), UMR 196 UPD-INED-IRD.
Bruno Lecoquierre est géographe, professeur à l’Université du Havre (UFR Lettres et Sciences humaines) et membre du Centre interdisciplinaire de recherche sur les mobilités (CIRTAI), UMR 6228 IDEES.
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Le dossier « Sahara et Sahel, territoires pluriels » met en lumière les dynamiques socio-spatiales qui traversent actuellement le Sahara et le Sahel. Les auteurs des contributions, jeunes chercheurs pour la plupart, partagent, par-delà leurs attaches disciplinaires (sociologie, anthropologie et géographie), un intérêt pour des lectures spatialisées des faits qu’ils observent. Ces recherches récentes permettent d’aller à l’encontre de représentations erronées, souvent héritées de l’époque coloniale, qui perdurent et/ou se renouvellent pour qualifier la zone saharo-sahélienne. Parmi ces mythes véhiculés et entretenus par les discours politiques, les médias ou les imaginaires (Roux, 1991), il en est un en particulier sur lequel nous souhaitons revenir : celui d’un espace qui échapperait à toute forme d’organisation spatiale. Encore aujourd’hui on évoque souvent l’insuffisance de la maîtrise de vastes portions du Sahara et du Sahel par les États. Cette région du monde se trouve alors réduite à une immense zone grise, incontrôlée et incontrôlable. Les recherches empiriques ici présentées vont à contre-courant de ces généralisations et simplifications hâtives, qui résultent d’une méconnaissance du terrain. Ces travaux rendent compte de logiques territoriales bien identifiables, de figures spatiales structurantes, d’ancrages profonds aux espaces. À travers leurs mots, leurs photographies, leurs cartes, les auteurs ont cherché à restituer, à différentes échelles, la diversité des territoires, des territorialités et des recompositions qui émergent au Sahara et au Sahel. En cela, leur vision est diamétralement opposée à celle véhiculée par certaines représentations graphiques largement diffusées dans les médias, qui entretiennent l’image d’un espace « lisse » et uniforme.
Ce dossier est coordonné par Armelle Choplin et Olivier Pliez
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Éditorial
Denis Eckert Sahara et Sahel, territoires pluriels
Introduction
Armelle Choplin, Olivier Pliez (Re)construire l’image des territoires du Sahara et du Sahel
Armelle Choplin, Olivier Pliez De la difficulté de cartographier l’espace saharo-sahélien
Les articles
Régis Minvielle Migrants (subsahariens) en transit à Tamanrasset : du passage à l’impasse ?
Julien Brachet L’espace feuilleté et segmenté d’une oasis saharienne : rencontre et évitement à Dirkou (Niger)
Riccardo Ciavolella Culture nomade à l’épreuve du capital mobilité, les Peuls Fulaabe (Mauritanie)
Géraud Magrin, Olivier Ninot, Jean Daniel Césaro L’élevage pastoral au Sénégal entre pression spatiale et mutation commerciale
Lieu dont on parle
Jérôme Lageiste Une friche touristique à Chypre : la station fantôme de Varosia
Internet
Denis Eckert, Laurent Jégou Les « cartes en ligne » du recensement agricole 2010
Image du mois
Denis Eckert Prix de thèse de M@ppemonde : palmarès 2011
Mathieu Durand Gestion des déchets et inégalités à Lima (Pérou)
À voir, à lire
Armelle Choplin Invitation à écouter parler le paysage
Denis Eckert Diversité de l’élevage sénégalais
Denis Eckert La géographie scolaire et le territoire

Ce double numéro de la principale revue algérienne en SHS est coordonné par Abed Bendjelid et Yaël Kouzmine.
Il rassemble 18 articles originaux, pour partie présentés lors d’un colloque organisé en 2009 sur les problématiques sahariennes. La diversité géographique des chercheurs, comme celle de leurs terrains et de leurs approches disciplinaires, font de ce numéro d’Insaniyat un recueil ouvert et actualisé, à défaut d’être exhaustif, de la recherche saharienne.
Il comporte également des hommages aux grands intellectuels Mohammed Arkoun et Abdelkader Djeghloul, ainsi que des positions de recherche et des compte-rendus de lecture d’ouvrages récemment parus sur le Sahara et ses marges sahéliennes.


À rebours de tous les clichés, le Sahara est un monde de villes. Cependant, les cités anciennes héritées des échanges transsahariens, carrefours cosmopolites qui ont longtemps fait rêver les Occidentaux, ont dès la période coloniale amorcé une longue agonie. D’autres types de villes ont émergé à la faveur des indépendances, sur fond de volontarisme politique des nouveaux États.
Comme un clin d’œil au mot chinatown, cet ouvrage propose de forger le terme de saharatown pour qualifier ces villes voulues par les nouveaux pouvoirs publics, purs produits des politiques d’aménagement menées à partir des années 1960, formations urbaines à l’identité citadine encore floue et pivots essentiels des échanges entre les deux rives du désert. Citadins de fraîche date, les jardiniers d’oasis, les nomades, les commerçants, les immigrés, les réfugiés – mais aussi les migrants de passage en route vers l’Europe – contribuent à créer des dynamiques inédites, au gré des flux qui parcourent les réseaux marchands et migratoires transsahariens. C’est à la rencontre de ces villes nouvelles et de leurs habitants qu’invite ce livre, fruit de la longue expérience de terrain d’un géographe, qui conduira le lecteur à découvrir les espaces et les atmosphères urbaines propres aux saharatowns d’aujourd’hui.
Olivier Pliez, agrégé et chargé de recherche au CNRS, est membre du laboratoire LISST (UMR 5193) basé à l’université de Toulouse-Le Mirail.

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